Bilbo

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- Penny Dreadful : une nouvelle ligue de héros extraordinaires

- Tolkien et les forêts de la Terre du Milieu

- Les gentlemen en tous genres (ou pas) des sœurs Brontë

- Field of Dreams : des rêves et des hommes

- Une touche de Jane Eyre et une pincée des Hauts de Hurlevent dans la recette du Jardin Secret

- Les héroïnes en tous genres de Jane Austen

NB : Le référencement des illustrations est en cours... mais ça risque de prendre un peu de temps !

The translation of some articles into English is in progress and will soon be available.
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jeudi 9 juin 2016

Alice revient au Pays des Merveilles

Née de la plume de l'écrivain et mathématicien Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, Alice est une petite fille à l'imagination débordante et dont les rêves l'emmènent très loin. Mais s'agit-il vraiment de rêves ou bien d'expériences réelles vécues par le personnage ? La structure de Alice au Pays des Merveilles et Alice de l'autre côté du miroir le suggère fortement mais j'imagine que la question n'a pas à trouver de réponse définitive... à chacun d'apporter la sienne, après tout ! Les studios d'animations Disney ont adapté ces romans en dessin animé, piochant des éléments ici et là, en 1951. Mais, en 2011, une adaptation en film voit le jour et est réalisé par Tim Burton, le maître de l'étrange !

"We're all mad here"
Si l'histoire est différente de celle des romans ou du dessin animé, elle en reprend les éléments essentiels comme les personnages incontournables que sont le Lapin Blanc, le Chapelier Fou et le Cheshire Cat notamment. Ces rencontres sont, pourrait-on dire, des passages obligés. Cette nouvelle aventure d'Alice va réellement commencer alors que toute une assemblée attend qu'elle accepte la proposition de mariage du jeune noble qui lui a été désigné, fils de l'associé de son père décédé. Alice aperçoit un lapin blanc vêtu d'un gilet et tenant dans sa patte une montre à gousset. Suivant l'impulsion du moment, Alice les plante tous là sans donner sa réponse et s'élance à la poursuite du lapin blanc et jusque dans le terrier : tombant, tombant... jusqu'à atterrir tête à l'envers.
Et c'est bien dans un monde à l'envers qu'est arrivée Alice. Pour quitter la pièce dans laquelle elle est enfermée, Alice rétrécit, grandit, rétrécit à nouveau après avoir bu à une fiole, goûté un gâteau. Comme dans le roman, comme dans le dessin animé -ici après quelques autres péripéties- elle rencontre le Cheshire Cat qui va la mener jusqu'à la prochaine destination : la table du Chapelier Fou et du Lièvre de Mars, toujours bloqués à l'heure du thé semble-t-il ! 
Chez le Chapelier, on retrouve le langage de Lewis Carroll à travers une panoplie de néologisme et de jeux de mots. Selon lui, Alice a perdu de sa "plussoyance" ("muchness"). A plusieurs reprises revient la devinette "pourquoi un corbeau ressemble à un bureau ?", dont nous n'avons toujours pas la réponse ! Quant au Cheshire Cat, il est dépeint comme un lâche -ce qui va avec sa faculté de se rendre invisible- mais il se rachètera avant la fin...

"Almost Alice"
La Alice qu'on nous présente est plus âgée que l'originale. Ainsi, le film n'est pas un reboot mais bien une nouvelle aventure, une possible suite de l'histoire d'Alice. Quand nous la retrouvons, nous apprenons qu'elle fait toujours le même rêve avec ces personnages étranges dont un chat qui sourit. Alors quand elle atterrit à nouveau au Pays des Merveilles, elle se croit encore dans un de ses rêves... mais elle a beau se pincer, être blessée par l'énorme Bandersnatch et j'en passe, Alice ne se réveille pas -et le Jour Frabieux approche. L'oraculum qui décrit chaque jour passé et à venir la représente en ce jour pourfendant le Jabberwocky, le terrible monstre de la Reine Rouge. Cet acte doit permettre au peuple de de se soulever pour ramener la Reine Blanche au pouvoir car la Reine Rouge n'aurait alors plus l'argument de la peur pour retenir ses sujets.
On tourne ainsi autour d'une histoire de prophétie désignant un héros, un champion -ou en l'occurrence une championne ! Alice est alors entraînée dans une quête initiatique d'abord contre son gré. S'introduisant dans le palais de la Reine Rouge, elle s'empare de l'épée Vorpalienne et fait du Bandersnatch son vaillant destrier avant de rejoindre le refuge de la Reine Blanche. Là-bas l'attend l'armure que vient compléter l'épée -et une décision : être ou non la championne de la Reine Blanche contre le Jabberwocky de la Reine Rouge. Depuis le début, un débat sur l'identité d'Alice est ouvert, notamment entre le Loir et le Lapin Blanc. Le premier pense qu'il s'agit de la mauvaise Alice alors que le second maintient que c'est bien LA Alice ! La Chenille Bleue, Absolem, ne se prononce pas tout à fait... Elle est d'abord "not hardly Alice" : double négation, puis "almost Alice" ("presque Alice"). Et alors Absolem mentionne la première visite d'Alice, à l'occasion de laquelle elle avait appelé cet endroit "le Pays des Merveilles". Et alors Alice se rappelle : ce n'était pas un rêve, mais elle est déjà venue ici et rencontré ces drôles de personnages. Elle est Alice et elle sera la championne de la Reine Blanche pour affronter le Jabberwocky, comme un chevalier pourfendrait un dragon.

Du pouvoir de l'imagination

"This is impossible."
"Only if you believe it is."
"Sometimes I believe as many as six impossible things before breakfast."
"That is an excellent practice."

Chez Alice, on peut même considérer qu'il s'agit d'un super-pouvoir ! C'est ce pouvoir qui lui permet de battre le champion de la Reine Rouge : elle a eu un entraînement de championne en la matière grâce à son père qui pensait à six choses impossibles avant le petit déjeuner. Alors Alice compte :
1. There's a potion that can make you shrink
2. A cake that can make you grow
3. Animals can talk
4. Cats can disappear
5. There is a place called Wonderland 
6. I can slay the Jabberwocky
Le Jabberwocky vaincu, la Reine Rouge bannie, Alice peut rentrer. 
Alors rêve ou réalité. Le parallèle entre certains personnages de la surface et ceux du Pays des Merveilles semble indiquer que le Pays des Merveilles est bien un produit de l'imagination d'Alice. Mais, Alice fait également la distinction entre ses rêves récurrents et une réelle visite au Pays des Merveilles, qui aurait été le point de départ de ces rêves revenant la hanter chaque nuit.... Le débat reste ouvert !
Alice retrouve le monde réel, refuse la proposition de mariage mais accepte celle de l'ancien associé de son père de devenir apprenti dans l'entreprise. Elle s'embarque alors pour la Chine, vers une nouvelle aventure. Et, contrairement aux craintes du Chapelier, cette fois, elle ne les a pas oubliés... jusqu'à la prochaine rencontre.

samedi 11 avril 2015

Cendrillon trouve chaussure à son pied

Alors que Maléfique (cf. "Maléfique au Bois Dormant") était une réinterprétation du conte de la Belle au Bois Dormant, Cendrillon raconte la même histoire que le dessin animé, ou presque - à vraiment peu de choses près. Pourquoi donc aller le voir ? Pour passer un bon moment, pour redécouvrir ce dessin animé, ce conte, en film. Parce que "les rêves qui sommeillent dans nos cœurs, au creux de la nuit, habillent nos chagrins de bonheur dans le doux secret de l'oubli" ...
 

"Have courage and be kind"
Le dessin animé ne nous donnait qu'un très bref aperçu de l'enfance de Cendrillon : la disparition de son père après son remariage, la sournoiserie de la marâtre annoncée et hop on entre dans le vif du sujet ! Le film prend un peu plus son temps et on nous présente même la mère de Cendrillon -ou devrais-je dire Ella (Javotte et Anastasie construisent le surnom Cinderella en anglais à partir de cinder, la cendre, et Ella, son prénom). Tout va bien dans le meilleur des mondes mais alors qu'on sourit devant leur bonheur, on a déjà envie de pleurer parce qu'on sait que ça ne va pas durer.
Quand elle tombe malade, la mère d'Ella lui confie un secret pour l'aider à traverser toutes les épreuves : être courageuse et bienveillante. Ella appliquera donc toujours ce conseil et cela devient sa force car malgré toute la méchanceté dont peuvent faire preuve sa belle-mère et ses deux filles qui la relèguent peu à peu au statut de servante, elles n'arriveront jamais à la briser comme elles le souhaiteraient.
Je dois souligner que cela ne fait pas pour autant d'Ella un personnage niais. Elle est profondément gentille, certes, comme on le voit dans ses relations avec les animaux, ses voisines les souris et le cerf pris en chasse qu'elle croise dans les bois, mais niaise non. Quand tout devient noir, elle trouve de la force dans cette promesse qu'elle a faite à sa mère. Quand, proche du dénouement, la marâtre lui propose un marché -la laisser retrouver le prince en échange d'une place de choix au palais pour régenter le royaume- Ella préfère sacrifier ses chances de bonheur avec le prince plutôt que de le laisser tomber entre les griffes de cette femme et quand la marâtre ose déclarer être sa mère, la réponse d'Ella est sans équivoque : "Vous n'avez jamais été et ne serez jamais ma mère". Elle trouve tout de même la force de la pardonner : elle ne gâchera pas sa vie à ressasser le passé, elle tourne définitivement la page et elle pourra être heureuse, contrairement à Madame Tremaine.
Parfois, Ella est à la limite du burn out mais elle tient le coup parce qu'elle est chez elle, dans la maison de ses parents, et que c'est un réconfort en soi. Sa bonté fait sa force parce que, même si elle est consciente de l'injustice de sa situation, elle sait que d'autres sont encore moins chanceux. C'est pourquoi, quand anéantie par le comportement de sa marâtre pour l'empêcher d'aller au bal, elle se reprend pour venir en aide à la vieille dame qui lui demande un verre de lait et qui s'avère n'être autre que sa marraine la bonne fée.

Au douzième coup de minuit
Helena Bonham Carter fait une drôle de fée, bien différente de celle au capuchon bleu qui vient en aide à notre héroïne dans le dessin animé. Elle n'a pas toujours l'air de savoir ce qu'elle fait mais elle se démène pour qu'Ella aille au bal avec un empressement tout maternel.
Quelques bibidi bobidi boo bien placés et c'est parti ! La magie est superbement réalisée : la transformation de la citrouille en carrosse, des souris en chevaux qui gardent leurs oreilles rondes pendant un temps ! C'est peut-être encore plus impressionnant lors du retour à la réalité quand Ella, assise dans son carrosse, commence à se retrouver entourée de pépins !
Mais la magie ne se retrouve pas que dans la magie, elle est présente dans tout le film, dans l'intemporalité de ce conte. Dans les décors de la maison et du jardin qui apparaissent comme un véritable petit paradis sur Terre plein de couleurs. Dans les costumes qui sont le miroir des personnages. La fée irradie de lumière, la marâtre donne dans le grandiose, ses filles dans le ridicule recouvertes qu'elles sont de fanfreluches identiques. Et Ella... Ella resplendit même dans sa toute simple robe bleue du début qui finit par devenir sa robe de souillon. Et la robe de bal...

S'il n'y avait qu'une seule raison à donner pour aller voir le film, ça pourrait presque être celle-là : aussi simple que les robes des sœurs sont bariolées, aussi grandiose que les autres sont ridicules, c'est l'équilibre parfait et les couleurs sont magnifiques. Et je préfère ne pas me lancer sur la robe de mariée... J'émets en revanche un petit bémol sur les pantoufles de verre qui ont plutôt l'air d'être taillées dans du diamant -du cristal Swarovski, en fait- ce qui leur donne un côté un peu trop épais.

Kenneth Branagh, réalisateur Shakespearien
Vous le connaissez peut-être comme le professeur Gilderoy Lockhart mais Kenneth Branagh est aussi un réalisateur avec à son actif quelques adaptations des pièces de William Shakespeare. Il y a deux choses très importantes à cette histoire sur lesquelles il attire subtilement l'attention : les chaussures et la valse ! Au début du film, alors qu'elle attend des nouvelles de sa mère, c'est sur un plan des petites ballerines bleues d'Ella que s'ouvre la scène. Avant cela, quand elle grimpe sur les pieds de son père, puis, plus tard, quand elle s'apprête à grimper dans le carrosse.
On annonce ce qui va se passer avec les pantoufles de verre : elles sont la clé pour le happy ever after de Ella et du prince. Il la lui passe déjà au pied quand elle la perd lors du bal en faisant de la balançoire, prélude à la scène finale -parce que là le prince se déplace lui-même ce qui est tout de même une amélioration par rapport à celui du dessin animé qui ne quitte pas le château ! D'ailleurs de manière générale, le prince est plus présent. On voit aussi son histoire et dans cette version, lui aussi est sur le point de perdre son père, ce qui rapproche les deux personnages. Plus qu'un coup de foudre, c'est la rencontre de deux personnes qui sont sur la même longueur d'onde et qui s'en intriguent.
En ce qui concerne la valse. Dès le début elle est présente car lorsqu'il rentre de voyage, Ella danse avec son père dans la cour. Puis, quand elle s'échappe un instant de la maison à cheval pour s'éloigner de la marâtre et de ses filles, elle rencontre le prince et toute la scène est filmée comme une danse.
 
Chacun sur son cheval, ils se tournent autour et la caméra tourne autour d'eux, principe repris lors de la scène du bal, si bien qu'ils semblent déjà être en train de danser. Et, vient le moment du bal et de la valse mythique, jusqu'à ce que sonnent les douze coups de minuit et qu'Ella prenne la fuite avec la caméra qui la suit en un mouvement de balancier comme celui d'une horloge tic... toc... !
Une histoire qu'on connaît par cœur mais bien réalisée. L'émotion est là, alors c'est réussi. Ella "Cendrillon" et le prince "Kit" sont attachants, et Cate Blanchett glaçante en marâtre - en même temps une dame si sophistiquée qui appelle son chat Lucifer, c'est déjà louche. Mais Kenneth Branagh se concentre aussi sur elle. Elle est filmée à quelques reprises alors qu'elle est seule et l'on devine ce qui se passe dans sa tête, même si cela n'excuse en rien ses actes.
Alors évidemment, si on est pas conte de fées ou Disney, ce n'est certainement pas la peine parce que c'est ce que c'est : du Disney. C'est la raison pour laquelle j'aime d'ailleurs ! -"Voir le monde non pas comme il est mais comme il pourrait être" dit la narratrice et ça fait du bien de s'en rappeler de temps en temps : une petite bouffée d'oxygène- Mais c'est bien ce qu'est ce film : un remake du dessin animé et non une nouvelle adaptation du conte de Perrault, et encore moins de la version des frères Grimm ! Mais si c'est ce qu'on préfère, les livres sont toujours là et ne demandent qu'à être ouverts ! 

vendredi 11 juillet 2014

Maléfique au Bois Dormant





Derrière ce film produit par les studios Disney, il y a bien sûr le dessin animé de ces mêmes studios La Belle au Bois Dormant de 1959. Mais plus en amont encore, il y a la source du dessin animé : le conte, dont les versions les plus connues ont été recueillies par les frères Grimm et Charles Perrault. Les deux versions racontent l'histoire d'une princesse maudite par une fée, condamnée à se piquer le doigt à une quenouille et à en mourir. Le don d'une autre fée contre le mauvais sort en condamnant la princesse à dormir cent ans plutôt que mourir. Cent ans plus tard, un prince se présente à l'entrée du domaine et les ronces qui protégeaient le château s'ouvrent sur son passage : il est temps pour la princesse de se réveiller... C'est d'un baiser que le prince réveille la Belle au Bois Dormant et c'est après cet événement que les deux versions diffèrent grandement. Chez les Grimm, les deux amoureux se marient et vivent heureux à jamais, chez Perrault, le prince garde sa princesse et leurs enfants cachés car sa mère est une ogresse !
Pour leur dessin animé, les studios Disney suivent le choix des Grimm et concluent l'histoire après le mariage du prince et de la princesse. Chez eux il n'y a que trois fées et une quatrième : Maléfique... Celle qui lance la malédiction. Une fée des ténèbres, toute vêtue de noir et vivant sur la Montagne interdite avec pour seul compagnon un corbeau et pour serviteurs de petits démons difformes. Après les contes de fées et un dessin animé, le film propose de nous dévoiler ce qui s'est vraiment passé... la vérité sur Maléfique et le destin de la Belle au Bois Dormant. Voici leur version...
La lande des fées et le royaume des hommes

Le film commence par nous présenter le monde dans lequel va se dérouler l'histoire. On nous dit que deux royaumes y coexistent et ce pas forcément dans les meilleures conditions. D'une part, nous avons le royaume des hommes gouvernés par un roi et, d'autre part, nous avons la lande des fées où les créatures vivent dans l'harmonie la plus totale sans besoin de souverain.
Parmi les créatures de la lande se trouve une fée, encore enfant : Maléfique. Elle est pleine de joie de vivre et y grandit dans l'insouciance et la bonne humeur avec les autres créatures jusqu'à ce qu'un jour un humain face irruption dans la lande. Un jeune garçon du nom de Stefan. Celui-ci devient le nouveau compagnon de jeux de Maléfique et les deux jeunes gens se retrouvent régulièrement pour jouer et grandissent, développant d'autres sentiments. Mais, dès son plus jeune âge, on décèle chez Stefan la terrible ambition qui anime les hommes : un jour il vivra dans un palais, c'est décidé. Il entre au service du roi alors même que ce dernier va déclarer la guerre au peuple de la lande. Alors Stefan s'éloigne et Maléfique doit se résoudre à la fin de leur amitié.
Des problèmes plus grands l'attendent. Le roi déclare la guerre au peuple de la lande pour en récupérer les terres. En tant que gardienne de la lande, Maléfique prend les commandes de leurs défenses et repousse l'envahisseur. Le roi des hommes, blessés réclame la mort de Maléfique en échange de quoi, il donnera sa fille en mariage au champion, qui lui succédera alors sur le trône. Alors, pour la première fois depuis bien longtemps, Stefan se rend aux frontières de la lande et appelle sa vieille amie Maléfique pour la mettre en garde contre les intentions du roi. Comme au bon vieux temps, les deux jeunes gens passent un moment ensemble dans la plus simple tendresse. Mais, empoisonnée par Stefan, Maléfique s'endort. Stefan sort alors un couteau et semble hésiter... S'il ne tue pas celle qui fut son amie comme l'a demandé son roi, il la mutile, lui enlevant ce qui la définit car qu'est-ce qu'une fée sans ailes ? Stefan offre les ailes de Maléfique à son roi, remportant ainsi la récompense promise - la couronne - et se créant dans le même temps une redoutable ennemie.
Une fois l'effet de la potion évaporé, Maléfique s'éveille dans la douleur et, cherchant ses ailes, comprend la tromperie de Stefan. Elle va alors s'enfermer dans une spirale destructrice où seule la vengeance comptera. A partir de maintenant, la lande sera cachée derrière son mur de ronces, inaccessible aux hommes. Plus que son pays, c'est son cœur que Maléfique barricade. Derrière son mur de ronces, trompée, triste et amère, elle prépare sa vengeance. Un jour, elle sauve un corbeau d'un chasseur en le transformant en homme. "Que m'avez-vous fait ? J'étais si beau." lui demande-t-il. Maléfique lui explique alors que puisqu'elle a été privée de ses ailes, il devra voler pour elle et être ses yeux pour observer Stefan et son ascension parmi les hommes. C'est donc grâce à Diaval, qu'elle apprend le mariage de Stefan et la naissance de sa fille, Aurore, à qui elle souhaite offrir un don...

Mauvais sort et bonnes intentions
Arrive alors le moment de la scène emblématique de Disney. Le royaume est réuni pour rendre hommage à la petite princesse. Même les fées sont venues à la demande de la reine dans l'espoir de renouer des liens amicaux entre les deux royaumes. Mais une quatrième fée, une fée sans ailes, s'invite à la fête. Toute vêtue de noir, une traine rappelant les ailes d'une chauve-souris et un rire machiavélique dans la gorge : Maléfique vient prendre sa revanche. Elle maudit la princesse, la condamnant à se piquer le doigt sur une quenouille et à sombrer dans un sommeil éternel. Stefan se met alors à la supplier et Maléfique ajoute que le sort pourra être rompu par un baiser d'amour sincère... Après ce qu'il lui a fait subir, Stefan comprend la condamnation de Maléfique : rien ne pourra sauver sa fille une fois le sortilège accompli.

A partir de là, Stefan va peu à peu sombrer dans la folie. Il ordonne que toutes les quenouilles soient saisies ou brûlées et elles sont barricadées au plus profond du château. Pour plus de précautions, Aurore est confiée aux trois fées qui l'emmènent dans une maisonnette au cœur de la forêt. Mais Diaval voit tout ; Maléfique sait où l'enfant se cache et elle ne la quittera plus des yeux. Les trois fées chargées de la princesse sons caricaturalement stupides et particulièrement agaçantes mais cela permet de donner un tout nouveau rôle au personnage de Maléfique : un rôle étonnant et plutôt paradoxal !

En effet, la négligence des fées amène Maléfique à sauver la vie d'Aurore, qu'elle surnomme "Mocheté" (et comme dirait Bob Razowski "Il ne faut pas l'appeler. Tu commences par l'appeler et puis tu finis par t'attacher !"), à plusieurs reprises. Maléfique est donc aménée à prendre soin de la petite Aurore malgré elle. Au début, on peut croire que les précautions prises par Maléfique pour protéger Aurore ne sont qu'un moyen de permettre à son sort de s'accomplir comme prévu et que sa vengeance soit complète mais lorsqu'on prend soin de quelqu'un, difficile de ne pas s'attacher... 

D'autant plus difficile que Maléfique va voir Aurore grandir et devenir une jeune fille pleine de joie de vivre, pas si différente de celle qu'elle fut jadis. La princesse est curieuse et ses promenades l'amènent jusqu'aux frontières de la lande et, contre toutes attentes, Maléfique lui octroie le passage.
Aurore reconnaît Maléfique, son ombre était toujours penchée au-dessus d'elle, dit-elle : "Vous êtes ma marraine." Et, effectivement, les circonstances ont fait que Maléfique a endossé ce rôle qu'elle n'avais pas prévu. Intriguée par la jeune fille, Maléfique ne le nie pas et elles vont passer toujours plus de temps ensemble.
A tel point que Maléfique tombe sous le charme. Aurore réveille son cœur endormi et elle recommence à aimer. Alors un soir, elle se rend dans la chambre d'Aurore pour révoquer le mauvais sort mais rien n'y fait, la magie est trop forte et même celle qui a lancé le sort ne peut le défaire.

La chute d'un roi, la rédemption d'une fée et le couronnement d'une princesse
La situation est devenue bien trop ambiguë ; Maléfique doit parler à Aurore mais comment lui avouer la vérité ? Elle n'en aura pas le temps puisque la rencontre d'Aurore avec un jeune prince va précipiter les événements. Quand Aurore parle de lui aux trois fées, elles lui avouent la vérité sur son identité et la raison de sa présence ici. Blessée, Aurore court se réfugier auprès de sa marraine pour finalement comprendre que c'est elle qui lui a jeté ce mauvais sort. Alors, Aurore va jusqu'au palais du roi se présenter à son père. Elle est enfermée dans sa chambre ; elle n'a pas encore seize ans révolus et Stefan ne prendra aucun risque. Mais, plus que celle de protéger sa fille, on a l'impression que c'est la volonté de ne pas perdre face à Maléfique qui le motive.
Heureusement,  Diaval est là. D'abord apeuré par les pouvoirs de Maléfique, les seize ans qu'il passe à son service le mettent à l'aise et il retrouve sa verve ! Alors quand il observe la rencontre d'Aurore et Philippe, il suggère à Maléfique qu'il pourrait être celui qui va donner à Aurore le baiser d'amour sincère. C'est alors que Maléfique lui révèle qu'elle a ajouté cette condition au sortilège parce que l'amour sincère n'existe pas : rien ne pourra sauver Aurore une fois qu'elle sera endormie. Mais, à situation désespérée, mesure désespérée. Diaval convainc Maléfique de tenter le coup et elle fait de lui un cheval pour amener Philippe jusqu'au château le plus vite possible. Ils s'infiltrent jusqu'à la chambre où repose Aurore - qui s'est piqué le doigt - et demandent à Philippe de lui donner un baiser. Après quelque hésitation, Philippe s'exécute mais Aurore ne s'éveille pas. Maléfique est déçue malgré elle mais elle avait prévenu Diaval : l'amour sincère n'existe pas. A moins que...
Après tout, elle qui était si déterminée à se venger de Stefan a voulu révoquer ses paroles pour épargner Aurore et, quand Maléfique lui donne son baiser d'adieux, pleine de remords et de tristesse, Aurore s'éveille : l'amour de Maléfique, devenue par un coup du destin sa marraine, est sincère. Aurore est sauvée mais Stefan n'en a pas fini avec sa vieille "amie". Il a sombré dans la folie, plus rien n'a d'importance à ses yeux hormis l'anéantir. Connaissant son point faible - le fer - Stefan emprisonne Maléfique avec ses soldats recouverts du métal redouté par les fées. Mais c'est sans compter sur les alliés de Maléfique. Diaval est changé en dragon - le fameux dragon - et fait son possible pour aider Maléfique à s'échapper, en vain. Aurore de son côté, retrouve dans le château les ailes de Maléfique enfermées dans une cage. On avait déjà vu Stefan leur parler comme s'il menaçait directement Maléfique, refusant même de se rendre au chevet de son épouse mourante - plus rien ne comptait hormis sa haine et sa soif de vengeance. Aurore libère les ailes qui retrouvent leur maîtresse : Maléfique redevient elle-même, plus besoin de bâton pour la soutenir et la soulager, elle est à nouveau entière. C'est l'heure du duel final. Maléfique voudrait tout arrêter. Il a récupéré sa fille, elle a récupéré ses ailes : ils sont quittes. Mais Stefan ne veut rien savoir : il l'accuse de tous ses maux, rejetant sa propre responsabilité et se jetant sur Maléfique, tombe du haut de la tour. Il voulait un château, et bien il aura payer le prix fort, blessant bien d'autres personnes au passage. Le film se clôture avec le couronnement d'Aurore qui devient à la fois la reine des hommes et des créatures de la lande. Les deux peuples sont liés et il n'y aura plus de guerre et ils vécurent heureux etc. etc !


Le réveil de Maléfique

Le film porte son nom alors évidemment, c'est surtout de Maléfique qu'il est question et plus que le réveil d'Aurore, c'est celui de Maléfique qui est au cœur de l'histoire : le réveil du mauvais rêve dans lequel elle s'est enfermée par rancœur. Je me suis étonnée d'ailleurs de voir qu'ils n'avaient pas changé le nom de Maléfique parce que "maléfique" ça veut dire ce que ça veut dire ! J'aurais donc pensé qu'ils lui choisiraient un nom pour nous la présenter enfant au début et que ce n'est qu'à partir du moment où elle endosse le rôle de la mauvaise fée que tous se seraient mis à l'appeler comme ça... mais non ! Quoi qu'il en soit, le film est bien l'histoire de l'évolution de Maléfique. D'abord petite fée insouciante, puis gardienne de la lande confrontée à la haine et à l'ambition des hommes. Elle connaît l'amour et la trahison aux mains de Stefan et chute dans une spirale destructrice motivée par la douleur, la colère et la soif de vengeance. Tant et si bien que l'on voit même la lande changer autour d'elle et s'assombrir ; ses habitants commencent même à avoir peur de celle dont le rôle était de les protéger et qui s'est auto-proclamée reine de ce royaume sans souverain en y installant un trône.

Mais Aurore va tout changer. Maléfique ne veut y voir que la fille de Stefan pour la détester et l'appelle "Mocheté" ! Mais Aurore n'est pas son père, loin de là. Alors aux côtés de la lumineuse Aurore, la sombre Maléfique reprend goût à la vie, elle rit et sourit à nouveau, s'émerveille et rêve. Rêve de pouvoir changer le destin auquel elle a condamner Aurore. Et en s'autorisant finalement à l'aimer, elle y arrivera et c'est son baiser d'amour sincère qui la réveillera. En sauvant Aurore elle se repentit de ses mauvaises actions et retrouve ses ailes, redevenant ainsi la fée qu'elle était avant que la trahison de Stefan ne la fasse sombrer. Elle peut de nouveau voler au-dessus des nuages et maintenant elle a un ami véritable pour voler avec elle.
Le personnage de Diaval est une excellente surprise. D'autant plus que dans le dessin animé, le corbeau a toujours été pour moi un personnage dérangeant. Il observe sournoisement pour rapporter à sa maîtresse, sonne l'alarme quand les fées font évader Philippe et je n'ai qu'une hâte : que Pimprenelle fasse de lui l'oiseau de pierre qui ornera la muraille du château. Et pourtant Maléfique y tient à son corbeau, il n'est jamais longtemps très loin d'elle, elle le garde à ses côtés comme d'autres ont un chat ! Et le film a su tiré partie de cette relation en la développant. Grâce à ses pouvoirs, Maléfique transforme le corbeau, Diaval, en homme pour qu'il puisse parler et lui rapporter ce qu'il a vu mais cela nous permet aussi à nous d'apprendre à le connaître. Et surtout, il accompagne Maléfique dans sa rédemption. Maître Diaval sur un arbre perché, ou en l’occurrence sur l'épaule de Maléfique, devient une conscience, une petite voix qui murmure à son oreille pour la guider. Quand elle ne veut pas l'entendre, Maléfique fait de lui un corbeau à nouveau ou le menace d'une métamorphose douteuse ! Les métamorphoses de Diaval sont un autre atout du personnage. On le voit corbeau, homme, loup, cheval ou encore dragon mais toujours il garde trace de son magnifique plumage noir.
On s'y attend lorsque l'on va voir un conte remanié, l'histoire ne va pas se dérouler comme on en a l'habitude. Dans Blanche Neige et le Chasseur ce n'est pas le baiser du prince qui éveille Blanche Neige mais, comme le titre l'annonce, celui du chasseur. Et ici, ce n'est pas le baiser du prince qui réveille Aurore mais celui de celle qu'on a toujours considérée comme la méchante. Qu'on aime ou qu'on aime pas ce genre de remaniement, le film ne prétend pas changer le conte. La narratrice prétend raconter des événements réels qui ont inspiré un conte bien différent, le conte qui raconte sa propre histoire, le conte de la Belle au Bois Dormant.
Sources des images :
- La Belle au Bois Dormant, Walt Disney Studios, 1959
- Maléfique, Walt Disney Studios, 2014
- The Curse of Maleficent : the tale of a Sleeping Beauty, Nicholas Kole, 2014